Un esprit de revanche
Hier après-midi, le procureur de la République de La Rochelle, Guy Étienne, indiquait que c'est par esprit de revanche, selon ses propres déclarations, que Michaël Crepel, sans domicile fixe de 37 ans, a mis volontairement le feu, le jeudi 23 avril, peu après 2 heures, à la selle du scooter garé dans le couloir de la cage d'escalier en bois de l'immeuble du 10, rue Sardinerie, dans le quartier rochelais Saint-Nicolas.
Le sinistre qui s'ensuivit eut, malgré la prompte intervention des sapeurs-pompiers, des conséquences dramatiques : un homme de 25 ans, Maxime Vandois (1), décédait par asphyxie, trois jeunes filles étaient grièvement blessées ; l'une d'elles, Élisa Vandois, la soeur de Maxime, hospitalisée au service des brûlés du CHU de Bordeaux, est encore entre la vie et la mort. Ces jeunes participaient, avec sept autres, à une fête, au troisième et dernier étage, dans l'appartement de Paul, le seul locataire de Mme Guéret, propriétaire de l'immeuble.
Lors de sa garde à vue, mercredi en fin de matinée, Michaël Crepel, originaire d'Angers, a aussi confirmé aux enquêteurs de la police judiciaire de La Rochelle qu'il avait eu, vers 1 heure, une altercation physique avec un jeune homme de la fête. « Pour un motif futile, un regard sur une jeune femme, poursuivait le procureur. Michaël Crepel était dans l'appartement depuis 23 h 30. Il a été légèrement blessé et est alors sorti. »
Le trentenaire se retrouve seul à l'extérieur. Il décide alors d'attendre celui avec qui les choses ont dégénéré.
Le feu à la selle du scooter
Assis sur un seuil de porte rue de la Solette, perpendiculaire à la rue Sardinerie, il attend sa revanche. Il s'impatiente, « réfléchit à la manière de faire sortir les jeunes ». Revenu devant l'entrée du 10, rue Sardinerie, il constate la présence d'un scooter (n'appartenant pas au jeune avec qui il s'est battu) et décide d'y mettre le feu.
« Il a déclaré avait maintenu son briquet pendant une minute ou deux au niveau de la selle », précisait le magistrat. Michaël Crepel apprécie le début de la combustion ; reprend son poste d'observation et constate qu'une fumée noire et dense se dégage. « C'est à ce moment qu'un passant crie au feu, Michäel Crepel prend la fuite. »
Le drame se noue très rapidement. Pendant ce temps-là, le procureur ajoute que l'incendiaire présumé a rejoint sa tente, plantée dans le marais de Tasdon. « Il se couche. Il a dit qu'il avait appris les conséquences de son geste par la presse, le vendredi. »
Vadrouillant dans la ville ce même jour, cet homme trouvera refuge, le samedi, dans la caravane d'une connaissance, à Angoulins. C'est dans la commune voisine que les gendarmes de Châtelaillon interpelleront, mardi en début d'après-midi, les deux hommes (2). Suite aux témoignages recueillis par les enquêteurs de l'antenne de la PJ Poitiers-La Rochelle, le procureur de la République avait délivré un mandat de recherche concernant Michäel Crepel, déjà considéré comme un témoin clef.
Hier, en fin d'après-midi, cet homme était encore dans le bureau d'un des juges d'instruction rochelais. Guy Étienne avait requis la mise en examen de Michäel Crepel pour incendie volontaire ayant entraîné la mort. Le magistrat demandait aussi le placement en détention. Il précisait que le présumé incendiaire était en état de récidive criminelle (il encourt au minimum 15 ans d'emprisonnement pour cette affaire) puisqu'il a été condamné, en 1992, par la cour d'assises de Vendée à 10 ans de prison pour viol. Libéré en 1997, Michäel Crepel n'avait pas, depuis, fait l'objet d'une condamnation.
(1) Le procureur a reçu, hier après-midi, la famille du défunt. (2) Le deuxième homme a été remis en liberté à la suite d'une garde à vue.